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Centre Interuniversitaire de Recherche sur le Voyage en Italie (CIRVI)

C.I.R.V.I.

Strada Revigliasco, 6

10024 MONCALIERI (Italie)

Tel. 0039 011 6407488

Fax 0039 011 6423414

E-mail: cirvi@cirvi.it

Internet: http://www.cirvi.it


  • Annalisa BOTTACIN Stendhal face aux institutions d'Italie Bollettino del Centro interunivesitario di ricerche sul viaggio in Italia. N°53 Gennaio-giugno 2006. Anno XXVII.

 


Septembre 2003

BIBLIOTHÈQUE DU VOYAGE EN ITALIE

64 -Stendhal, l'Italie, le voyage. Mélanges offerts à V Del Litto.
Textes rassemblés par Emanuele Kanceff. «Studi». ISBN 88-7760-064-0
.

À ces Mélanges offerts à Victor Del Litto et nés de la volonté du Centre de fêter son Président à l'occasion de son 90ème anniversaire, ont participé: Elena Angelelli, Alessandro Ajres, Michel Arrous, Joseph-Marc Bailbé, Alessandra Barbanti Tizzi, Yvonne Bellenger, Gilles Bertrand, Annalisa Bottacin, Piero Cazzola, Elisabeth Chevallier, Francis Claudon, Luisa Conti Camaiora, Ilaria Crotti, Michel Crouzet, Charles Dédéyan, Régine Dereymez Berthet, Béatrice Didier, Normand Doiron, Jean Ducruet, Suzel Esquier, Rita Giuliani, Jitka Kresalkova, Jean-Yves Launchesse, Jean-Pierre Leguay, Margherita Leoni, Andrée Mansau, Mathieu Méras, Jacques Misan-Montefiore, Bénédicte Monicat, Marie-Emilie Neaud, Giovanni Nencioni, Algerina Neri, Letizia Norci Cagiano, Liano Petroni, Alain Pillepich, Annarosa Poli, Renato Risaliti, Wanda Rupolo Spitella, Salvatore Saccone, Adriana Santoro, Shigeru Shimokawa, Jaroslav Stehlik, Shoichiro Suzuki, Liljana Todorova, Filomena Vitale, Anthony Zielonka.


Bibliographie stendhalienne générale, sous la direction de Victor DEL LITT0.

 

BVI 30 - Bibliographie stendhalienne générale, sous la direction de Victor DEL LITT0, avec la collaboration de Christa RIEHN, Wai Man CHAU, Hans BOLL-JOHANSEN, Jules C. ALCIATORE, Maud SAINT-LEGER WALTHER, Sylvia NEHRING, Maria MACROPOULOU, Eva MARTONYI, Kosei KURISU, Willy DEVOS, Leszek SLUGOCKI, Tatiana MULLER KOTCHETKOVA, Andrej MIKAILOV, Börje SCHLYTER, Köse NACI, Dusan MILACIC.

Coordonnée et revue par Emanuele KANCEFF. «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n. 30. ISBN 88-7760-030-6

6 tomes d'environ 500 pages chacun, index, ill., sous presse, à paraître tous les deux mois depuis septembre 1999.

La seule bibliographie générale et internationale existante, comprenant tout ce qui a été publié de et sur Stendhal depuis 1814 à nos jours, traductions, inédits, ventes, éditions annotées, documents, iconographie, catalogues, manifestations, cinéma, télévision, etc. Concerne les pays suivants: Allemagne, Chine, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Japon, Néerland, Pologne, Russie, Turquie, Suède, Yougoslavie.

Prix de chaque tome: Euro 80 (quatre-vingts).

Prix de souscription : Euro 50 (cinquante) par tome avant le 15 septembre 1999 ou bien

Euro 55 (cinquante cinq) à parution de chaque tome, tous les deux mois, à partir de septembre 1999.

 

Le trait le plus typique et le plus significatif de l'originalité de Stendhal réside dans sa fortune posthume, fortune dont il avait eu d'ailleurs, comme l'on sait, la prémonition. C'est là, sans doute aucun, un phénomène unique dans l'histoire des lettres.

Cette fortune, qui s'est cristallisée dans ce qu'on appelle le stendhalisme, n'a pas cessé de grandir depuis la mort de l'écrivain. Des auteurs illustres, tels que Balzac, Barrès, Bourget, Gobineau, Taine, en ont été les héraults à la fin du siècle dernier. Il y a cent ans, jour par jour, la publication des grandes oeuvres inédites - les Souvenirs d'égotisme, la Vie de Henry Brulard, le Journal, Lucien Leuwen, Lamiel - a contribué non seulement à enrichir de nouveaux titres la liste, en définitive bien courte, des livres de Stendhal, mais encore à rénover et à parfaire leur compréhension. Par la suite, les éditions et les travaux d'analyse se sont multipliés à un rythme accéléré.

Or, pour surprenant que cela puisse paraître, les lecteurs et les chercheurs ne possèdent pas cet outil indispensable de travail qu'est une bibliographie. Il est bon de préciser à ce propos que des bibliographies existent bien, mais elles sont morcelées, partielles, peu fiables, d'un accès très difficile, surtout pour l'époque antérieure à 1938, époque à laquelle Victor Del Litto a entrepris de publier une bibliographie annuelle, qu'il a poursuivi régulièrement dans «Stendhal Club». C'est pourquoi, l'heure est venue de donner enfin un corpus autant que possible complet de tout ce qui a paru de et sur Stendhal, soit en France soit dans le monde, à partir de 1814, année au cours de laquelle Stendhal a publié son premier livre.

Dans ce corpus on a choisi le classement chronologique, le seul qui reflète fidèlement les différents courants de pensée, les modes, les idéologies; le seul aussi qui permette de suivre la succession et la cadence des travaux stendhaliens.

Des index détaillés, par auteurs, par matières, par thèmes, sont destinés à faciliter les recherches, d'après le principe qu'une bibliographie n'a pas une fin en soi, son rôle étant celui de base de départ et de support de toute exégèse. (V.D.L.)

Volumes parus:

  • Tome I (1814-1925) «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n. 30. ISBN 88-7760-030-6 CIRVI. Moncalieri. Novembre 1999. 497 p.
  • Tome II (1926-1950) «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n. 30. ISBN 88-7760-030-6 CIRVI. Moncalieri.Fevrier 2000. 487 p.
  • Tome III (1951-1964) «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n. 30. ISBN 88-7760-030-6 CIRVI. Moncalieri.Juin 2000. 489 p.  
  • Tome IV (1965-1980) «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n.30 ISBN 88-7760-030-6 CIRVI. Moncalieri.Octobre 2001. 489 p.
  • Tome V (1981-1995) «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n.30 ISBN 88-7760-030-6 CIRVI. Moncalieri. Octobre 2003. 460 p.
  • Tome VI. «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n.30 ISBN 88-7760-030-6 CIRVI. Moncalieri. Décembre 2005. 560 p.
  • Emanuele KANCEFF. INDEX ANALYTIQUE de la Bibliographie stendhalienne générale sous la direction de Victor Del Litto. «Bibliothèque du Voyage en Italie - Bibliographies» n.30 ISBN 88-7760-030-6 CIRVI. Moncalieri. 2 volumes (A-L et M-Z) 40 euros le volume. Mars 2007. 745 p.


BIBLIOTHÈQUE STENDHAL

dirigée par V Del Litto.

1 - Stendhal, la Bourgogne, les musées, le patrimoine. Textes recueillis par Francis Claudon. Un volume in-8° de 264 p., avec illustrations.

Ce volume est le premier d'une nouvelle collection stendhalienne. Sous les auspices du C.I.R.V.I., celle-ci vise à continuer ce que, naguère, le «Stendhal Club», le Divan, le Grand Chêne, la maison Droz avaient successivement entrepris pour promouvoir l'oeuvre de Stendhal et accueillir les travaux des chercheurs qui s'y intéressent. Toutefois, on notera qu'il ne s'agit pas d'un premier essai: déjà, en 1986, la «Bibliothèque du Voyage en Italie», qui ne pouvait pas ignorer l'un des plus grands «voyageurs» en Italie, avait accueilli les actes d'un colloque sur Stendhal et le journal de voyage - suivis peu après de ceux sur Goethe-Stendhal, mito e immagine del lago - et, plus récemment, la Correspondance inédite de Stendhal, consul de France dans les États Romains et la Bibliographie stendhalienne (en cours d'impression).

Le présent volume s'inscrit dans cette lignée; tant il est vrai qu'au cours de ses voyages H. Beyle a accumulé les souvenirs, emmagasiné les impressions qui nourrissent ensuite l'Histoire de la peinture, les Vies de Haydn, Mozart et Métastase. les deux versions de Rome, Naples et Florence, les Promenades dans Rome, les Mémoires d'un touriste.

De surcroit, en tant que fonctionnaire impérial, Beyle a été confronté à la question de la définition du patrimoine, et, aux côtés d'un Vivant Denon, par exemple, à la fondation d'une entreprise muséologique nationale.


2 - Suzel ESQUIER, «Vie de Rossini» par M. de Stendhal. Chronique parisienne, 1821-1823. Un volume in-8° de 232 p., avec illustrations.

Moins de dix ans après les Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, Stendhal publie la Vie de Rossini. Le livre connut immédiatement un succes considérable, qui s'explique par la gloire dont jouissait alors le musicien. Jeune encore (Il était âgé de trente-deux ans), Rossini était déjà une figure quasi mythique. Sa précocité, son étonnante fécondité et son aptitude au renouvelleinent avaient fasciné l'Italie: au cours de la décennie qui venait de s'écouler, le compositeur avait créé pas moins de trente-trois opéras. Maintenant que l'Italie était saturée de sa musique, il imposait son répertoire dans toutes les capitales européennes. Il était véritablement le «Napoléon de la musique».

L'actualité du propos explique le succès de l'ouvrage de Stendhal. Or, ce succès contraste fortement avec la réception qui lui fut réservée à l'époque moderne. Le livre pose en effet au lecteur d'aujourd'hui toutes sortes d'énigmes.

Selon les déclarations de l'auteur dans sa Préface, la Vie de Rossini serait issue de l'expérience italienne. Mais cette référence fabuleuse à la vie musicale italienne se trouve constamment confrontée dans le texte à l'actualité artistique parisienne.

Selon les déclarations de l'auteur, il s'agirait d'un ouvrage collectif, péniblement élaboré à partir d'articles parus dans des «journaux allemands et italiens», de témoignages obtenus au prix de bien des lettres et discussions que le narrateur aurait échangées avec des mélomanes avertis. Cependant, en même temps qu'il affirme, au fil du texte, le caractère collectif de l'ouvrage, Stendhal suit une démarche diamétralement opposée et profondément égotiste: par exemple lorsqu'il affirme la subjectivité du goût.

Ouvrage inclassable, la Vie de Rossini répond peu à l'intention déclarée: écrire la biographie du plus célèbre des musiciens contemporains; elle obéit davantage à une intention cachée: écrire au présent la chronique de la vie musicale parisienne.

La Vie de Rossini ne traite donc pas seulement de l'oeuvre du musicien éponyme. Elle mérite d'être déchiffrée comme une chronique passionnée du Théâtre Italien à une époque donnée (21 juin 1821-18 octobre 1823), de ses créations, des reprises, des succès, des échecs... Dautre part, en regard de ce qui incarne la nouveauté en musique et un modèle valable pour tous les arts, il est possible de déchiffrer une chronique acerbe, violente, des scènes parisiennes qui perpétuent - selon Stendhal - la tradition, voire la réaction, bref, un art caduc qu'il s'agit de détrôner.


3 - Shoichiro SUZUKI, Stendhal et le théâtre. Préface de V. DEL Litto. Un volume in-8° de 280 p.

Dès son plus jeune âge, Henry Beyle, le futur Stendhal, a voulu être dramaturge. Comme l'a fait remarquer V. Del Litto dans la préface qu'il a donnée au présent ouvrage, il n'est pas raisonnable de croire que Stendhal ait été un songe-creux.Il faut bien admettre qu'il n'a pas vraiment perdu son temps en rêvant de théâtre.

Le sujet de ce livre porte sur l'incompatibilité chez Stendhal de deux écritures: une écriture réelle, déposée sur le papier; et une écriture virtuelle, fruit de l'imagination, dépassant largement les moyens propres à la première et confinant à la peinture ou à la musique.

Voilà le centre d'intérêt qu'a poursuivi un stendhalien japonais en partant de la lecture d'une note sur Letellier de 1816 où il est question du «sublime tendre nommé romantique», note révélée, pour ainsi dire, par V. Del Litto dans sa nouvelle édition du Théâtre (1971).

Cette notion de sublime et de bonheur s'étend, à travers tous les écrits théâtraux, jusqu'aux oeuvres romanesques de Stendhal, en des scènes muettes de «la sainte Famille de Stendhal» où se croisent, par exemple, les regards de Fabrice et ceux de Clélia dans la solitude aérienne, scène de raccommodement que le jeune Beyle avait déjà envisagée dans son Deux Hommes, inspiré par une gravure de Pierre Narcisse Guérin. Le lecteur est donc invité à réfléchir sur l'impact du théâtre sur l'écriture romanesque d'un écrivain qui s'est toujours refusé à suivre l'ornière.


4 - Yvon HOUSSAIS, Histoire et fiction dans les Chroniques italiennes de Stendhal. Un volume in-8° de 280 p.

Les Chroniques italiennes ont ceci de particulier qu'avant même d'avoir commencé à lire, le malheureux lecteur se fourvoie déjà dans un jeu de dupes. En effet, le titre «Chroniques italiennes» prédéfinit les textes en les inscrivant dans une forme, la chronique, et une origine qui est aussi une thématique, l'Italie, donnant ainsi une forte impression d'homogénéité à ce qui se présente explicitement comme un recueil de textes. Or, la forme même du recueil amène toujours à chercher des liens, des passerelles d'un récit à l'autre, à percevoir l'assemblage de textes comme réfléchi, cohérent et non pas relevant du hasard ou de l'arbitraire. 

L'Histoire, pour Stendhal, devient effet d'histoire, s'inscrit dans une stratégie de persuasion dont le lecteur est la cible. Qu'il s'agisse du discours du narrateur principal, dans le texte ou en périphérie, ou des procédés d'imitation visant à produire un effet de chronique, l'objectif essentiel semble être d'inscrire le récit dans une relation de transparence à un texte fondateur, la chronique italienne.

Supercherie certes, mais supercherie particulièrement féconde.

Sur le plan formel tout d'abord, tout en revendiquant la fidélité à la chronique, Stendhal va pratiquer une narration autre, toute de sobriété et de retenue, aux ressorts dramatiques puissants, parce que s'appuyant sur des personnages phares, susceptibles de monopoliser d'emblée l'attention du lecteur.

D'autre part, si les Chroniques italiennes se contentaient de faire passer le faux pour le vrai, l'imaginaire pour le réel, elles relèveraient d'un jeu de faussaire devenu bien banal dans la littérature et qui fait partie de l'essence même du roman historique. L'originalité du texte stendhalien provient au contraire de ce que, s'inscrivant entre Histoire et Littérature, non seulement il subvertit la frontière entre les deux champs, mais il sape leur fondement, interroge leurs limites, met en évidence les mensonges et de l'historien et du romancier.


5 - Stendhal et l'État. Textes réunis par Béatrice DIDIER.

2002. 240 p. ISBN 88-7760-205 23 euros.

6 -Annalisa BOTTACIN.Stendhal e Firenze.(1811-1841).

Liminaire de V. DEL LITTO, Moncalieri, CIRVI, "Bibliothèque Stendhal" fondée par V. DEL LITTO, n. 6, Studi, 272 p. (Collection "Stendhal Club"). Moncalieri. Mars 2005.

VICTOR DEL LITTO

LIMINAIRE

Dans trois de ses derniers testaments respectivement datés des 8 juin 1836, 27 septembre 1837 et 28 septembre 1840, Stendhal a exprimé le souhait que sur la pierre tombale de sa dernière demeure figure, en italien, l'inscription: "Qui giace Arrigo Beyle Milanese". Son cousin et exécuteur testamentaire Romain Colomb a respecté sa volonté. A notre tour, nous avons fidèlement reproduit l'inscription sur sa tombe rénovée en 1961 au cimitière Montmartre. L'afflux sans cesse croissant des visiteurs, stendhaliens voire simples curieux, a bientôt fait de cette inscription un véritable poncif. Mais la spécificité du "Milanais" n'étant pas évidente, le glissement de "Milanais" à "Italien" était inévitable, et il n'a pas tardé à se produire. A preuve le titre significatif du premier ouvrage sérieux publié en deça des Alpes en 1915 par Francesco Novati "Stendhal e l'anima italiana". Pour rien au monde l'auteur n'aurait voulu être soupçonné de se livrer à une quelconque motivation de clocher, ce que Stendhal appelait "patriotisme d'antichambre". Depuis, personne, que je sache, n'a réagi contre l'amalgame. Surtout aucun Milanais de souche. Et on les comprend: comment révendiquer une quelconque parenté avec ce frère tombé inopinément du ciel? L'indifférence a été donc de règle. On n'objectera que la Bibliothèque communale de Milan, qui a accueilli dans les locaux du palais Sormani les livres que Stendhal avait laissés à sa mort à Civitavecchia, s'est enrichie en 1980 d'une superbe plaque de marbre pour perpétuer le souvenir de l'événement. Ce qu'on a passé sous silence à cette occasion, ce sont les noms des stendhaliens français et étrangers qui avaient pris l'initiative du transfert des livres de Stendhal. Comme par hasard, pas un seul Milanais. C'est pourquoi nous avons été obligé de faire une mise au point - mettre les pendules à l'heure, comme on dit familièrement - dans l'essai que nous avons consacré à cette affaire ("Les Bibliothèques de Stendhal", Champion, 2001) afin de redistribuer les rôles et de rendre à César ce qui est à César. "Arrigo Beyle Milanese" est en fait le cri de cœur du vieil homme qui, évoquant sa jeunesse, est comme submergé par l'émotion éprouvée par la découverte de Milan en 1800 et du "bonheur fou" qui s'était emparé de lui. Milan était ainsi devenue la patrie du "sublime". Il n'en est pas de même de la plénitude éprouvée en d'autres temps, à l'âge mûr, à Florence. Stendhal y a trouvé la plénitude de l'esprit. Florence, la seule ville de la péninsule en mesure de lui donner les "mètres cubes" d'idées quotidiennes dont son esprit avait besoin. En soi, le sujet n'est pas, aujourd'hui, une découverte. Le Cabinet scientifique-littéraire de Jean Pierre Vieusseux a déjà fait l'objet de nombreux travaux dont plusieurs remarquables. Fallait-il affirmer pour autant que tout avait été dit ? La réponse, négative, vient d'être fournie par Mme Annalisa Bottacin qui a entrepris de s'engager dans des pistes inexplorées jusqu'ici. Ainsi a-t-elle été mise même de découvrir des textes inédits de Stendhal et, surtout, de mettre en lumière la personnalité de Vincenzo Salvagnoli, homme de lettres né près de Florence, de vingt ans plus jeune que Stendhal et avec qui celui-ci a sympathisé, au point de s'entretenir avec lui de ses plus secrètes pensées et entreprendre avec lui une analyse critique de son roman "le Rouge et le Noir" qui venait de paraître. C'est dire combien les recherches de Mme Bottacin ont été fructueuses, et combien il faut l'en féliciter. Elles complètent les extraits du journal de Salvagnoli jadis publiés par Luigi Foscolo Benedetto et le placent au premier plan des hommes de lettres avec qui Stendhal pouvait se livrer au plaisir de converser, débattre des idées, en un mot, de causer, dans toute l'acception du terme, plaisir quasiment inexistant en Italie. Aussi les liens de Stendhal avec Florence seront-ils désormais durables et inaltérables. A preuve, c'est dans cette ville, à l'enseigne du Cabinet Vieusseux que paraîtra, en 1841, le livre écrit en collaboration avec A. Constantin "Idées italiennes sur quelques tableaux célèbres" qu'on peut - on doit - considérer comme le testament stendhalien dans le domaine de l'esthétique. En guise de conclusion la révalorisation par Mme Bottacin du rôle joué par Florence se substitue, sans le contredire, au mythe de Milan. V. DEL LITTO


STENDHAL, Correspondance inédite de Stendhal, consul de France dans les États Romains. Établissement du texte, préface et notes, de V. Del. Litto. Un volume in-8° de 240 pages, 10 reproductions d'inédits. ISBN 88-7760-045-4.

Le 17 mars 1831, le courrier apporte à Henri Beyle, qui se morfondait à Trieste, une dépêche du ministère des Affaires étrangères, timbrée du 5 mars. Il eut quelque peine à l'ouvrir, tellement ses mains tremblaient. Quel nouveau malheur lui annonçait-elle? Ses craintes furent vite dissipées: le ministre, comte Sébastiani, lui annonçait que par ordonnance royale du 11 février, il était nommé consul de France à Civitavecchia, dans les Etats romains. Le nom de la localité ne disait rien à l'auteur des Promenades dans Rome qui, de toute évidence, ne la connaissait pas, étant arrivé jusqu'alors à la Ville éternelle par voie de terre. L'important était que cette nomination mettait fin à l'état de détresse où il vivait depuis son arrivée à Trieste, ville hostile, glaciale au physique comme au moral. Certes, le nouveau poste représentait un manque a gagner, étant considéré dans l'échelle des consulats à un niveau inférieur que celui de Trieste, et par conséquent moins bien rémunéré (1000 francs au lieu de 1500 francs). Toutefois, ces considérations d'ordre financier, pour importantes qu'elles fussent, passaient en deuxième ligne devant la sécurité de l'emploi et dans une région de la Péninsule qui n'était pas à dédaigner. S'il s'était écouté, il serait parti sans délai, mais le ministre lui avait prescrit d'attendre son successeur pour lui remettre la gestion du consulat. Enfin, ce successeur. M. Levasseur, débarque à Trieste, et, dès le lendemain, il peut se mettre en route.

C'est à ce moment qu'entre en scène un nouveau personnage qui va jouer un rôle de premier plan. Il s'appelait Lysimaque Caftangi-Oglou Tavernier, né en Grèce, à Salonique, en 1805, de père grec et de mère française. Obligé de s'expatrier par suite des événements sanglants qui avaient secoué sa patrie, il était arrivé par hasard à Civitavecchia et y était resté. Dépourvu de toute qualification, à part une connaissance, très approximative, du français, il avait postulé un emploi subalterne, et temporaire, au consulat de France. Une fois dans la place, il avait tout fait pour plaire au baron de Vaux, secondé par sa mère qui, pour l'aider, avait prêté au consul une assez forte somme d'argent. Cependant son espoir de passer d'élève chancelier à chancelier en titre fut deçu par suite des controverses auxquelles donna lieu le remboursement du prêt. Ce qui eut comme résultat de le faire mettre à la porte du consulat. Les choses en étaient là quand, au lendemain des journées de Juillet 1830, le Ministère des Affaires étrangères profita de l'occasion pour destituer le baron de Vaux, dont les agissements n'étaient pas compatibles avec l'attitude d'un représentant de la France, Quoi qu'il en soit, cette destitution était providentielle pour Lysimaque qui avait beau jeu de se prévaloir de son passage dans les bureaux du consulat pour se faire mousser auprès du nouveau titulaire du poste afin d'obtenir une durable embauche.

On dirait une boutade, et c'est cependant la réalité: l'une des périodes les plus mal connues de la vie de Stendhal est la dernière, les années au cours desquelles il a rempli les fonctions de consul de France à Civitavecchia. Il est vrai que les publications abondent, mais elles se répètent sans rien apporter de nouveau. Dans la querelle qui oppose les partisans du consul à ceux qui prennent la défense du chancelier du consulat, Lysimaque Tavernier - deux êtres si différents condamnés à cohabiter - les mêmes arguments sont repris avec plus ou moins de bonheur.

Heureusement, Stendhal connaît l'art de faire des miracles. Le dernier en date est celui de l'offre qui fut faite à Grenoble d'acheter des lettres autographes et inédites adressées par le consul à Lysimaque. Il ne s'agissait pas, certes, de la totalité de la correspondance, qui devait être beaucoup plus importante, mais de la partie qui a subsisté.L'expertise ayant garanti l'authenticité de ces pièces, il a été possible de préciser leur provenance. Elles proviennent sans doute de Civitavecchia, mais Donato Bucci, l'ami de Stendhal, et puis son petit-fils, Clodoveo, n'ont pas attaché d'intérêt à ces lettres considérées comme de vulgaires chiffons de papier. C'est après la vente du Fonds Bucci, au cours de la dernière guerre, que ces lettre autographes inédites ont été commercialisées. Il s'agit d'une centaine de pièces s'étalant, avec une fréquence diverse, de 1831 à 1841 et qui portent soit sur des détails de la vie courante soit sur des affaires administratives. Elles apportent un heureux complément à nos connaissances.

Le maire de Grenoble, M. Alain Carignon, mis au courant de l'offre, n'a pas voulu que ces inédits soient dispersés et a pris à coeur de les acquérir en dépit du prix, assez élevé, demandé. Il a réussi à convaincre le conseil municipal qu'il ne fallait manquer cette occasion d'enrichir le Fonds Stendhal de la Bibliothèque de sa ville.

Cet achat a une valeur toute particulière parce que ces inédits nous permettent de pénétrer dans l'intimité de Stendhal et de voir de près la manière dont il s'est pris pour réaliser une nouvelle formule de gérer un consulat: la gestion par correspondance. Encore une fois l'originalité s'avère être l'aspect dominant de la personnalité d'Henri Beyle-Stendhal.

 

Catalogue "Stendhal" des Éditions Honoré Champion

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